|
|
|
| Im Sommer 2007 war Céline Kohlprath (Jg. 1982) Stagiaire bei der privat Radiostation Kledu in Bamako, Mali. Die Politologin hat schon für verschiedene Medien gearbeitet: für Radio Suisse Romande, Radio Cité in Genf oder Le Temps. Vor ihrer Abreise tätig war sie in Brüssel an der EFTA (European Free Trade Association) im Departement für Kommunikation und Nachrichten. |
 |
3 septembre 07 :
Après une première semaine d’introduction à radio Kledu et découverte de la ville, j assiste à ma première conférence de presse. Le président de l’assemblée nationale est élu pour un mandat de cinq ans à une écrasante majorité. Dioncounda Traoré, président de l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adema), remporte la place au perchoir avec 111 voix sur 147. La salle jubile…Je suis au balcon, il fait très chaud. Les journalistes et curieux sont venus nombreux célébrer la victoire du nouveau président du parlement malien. Après les applaudissements et hourrah, Dioncounda Traoré, remercie Allah et dit : « Je suis positif et considère que vous avez tous voté pour moi ». Cette déclaration me surprend. Il affirme également qu’il soutiendra le gouvernement en place, mené par le président Amadou Toumani Touré (ATT), mais qu’il compte bien jouer son rôle de contrepoids et d’instance de contrôle. Les applaudissements autour de moi fusent…Les journaux affirmeront le lendemain que c’est une grande défaite pour ATT.
De retour à la rédaction pour la séance de deux heures…La ponctualité n’étant pas de mise ici, on commencera plutôt à 14h30. L’actualité tourne autour de l’élection du président de l’assemblée et des attaques touaregs au nord du Mali. Des militaires maliens ont été enlevés et un bus transportant des civils a explosé à la frontière nigérienne. Mes collègues journalistes s’indignent de la réaction du gouvernement. Ils considèrent que le gouvernement devrait agir concrètement, les négociations n’ayant servi à rien. Il faut attaquer. Un des journalistes me confie avec amertume que les autorités françaises ont le culot de parler de droits des minorités touaregs…alors que cette minorité terrorise la majorité. Mon collègue m’explique : les attaques répétées depuis des années, l’influence de Kadhafi, le silence du gouvernement malien. La séance touche à sa fin.
La journée terminée, je m’engouffre dans la ville à la recherche de bananes planta et de tissus. En effet, les robes sont faites sur mesure par des couturiers. Pourquoi ne pas en profiter ? Le marché de Médine est énorme. On y trouve de tout. En tant que « toubab », blanche, je ne passe pas inaperçue…malheureusement. Je me perds et me retrouve au milieu de femmes qui tressent les cheveux et peignent les mains et les pieds à l’henné. Les femmes maliennes sont très coquettes…et belles.
4 septembre 07 :
A la séance de 14 heures, on me propose d’accompagner Diakaridia à une conférence de presse sur l’architecture de terre au Mali. Nous partons en moto…sans casque évidemment. La circulation est une folie et la police n’intervient pas si ce n’est pour empocher un bakchich. Mon collègue rigole…je ne dois pas avoir peur. Nous faisons un crochet à l’ambassade américaine. Diakaridia veut interviewer un des responsables de USAID qui vient de publier une étude sur la corruption en Afrique de l’Ouest. Ce n’est pas une mince affaire de rentrer dans le bâtiment vu le nombre de contrôles. Le son en poche, nous repartons pour la conférence de presse. Nous sommes en retard. A la conférence de presse on nous propose boissons et pots de vin en fin de séance. La plupart des journalistes ne reçoivent pas de salaires et vivent de ces « contributions » financières. Diakaridia m’assure que cet argent versé n’entrave pas le sens critique du journalisme.
De retour à la rédaction, nous travaillons jusqu'à vingt heures. Les deux reportages passeront demain à l’info. Je rentre fatiguée mais contente de cette journée à la maison. |
|
5 septembre 07:
La séance de rédaction prend fin ; il est 15 heures. J’accompagne mon collègue Togola à l’inauguration d’un projet d’assainissement du quartier de Missira. L’inauguration est prévue pour 16 heures. En arrivant, nous apprenons que la cérémonie est repoussée d’une heure. Soit, je m’installe sous la bâche et attends. Les petites filles s’agglutinent autour de moi et m’offrent de gros sourires. Il y a de la musique, l’ambiance est festive. Vers 17 heures, les personnalités vêtues de boubous magnifiques arrivent : le maire de la commune II, Aminata Dramane Traore, alter mondialiste et ancienne ministre de la culture ainsi que différents membres de la Fédération des Associations Maliennes pour l’Assainissement et la Protection de l’Environnement (FAMAPE) www.famape.org . Les discours sont en Français et en Bambara. Les gens du quartier sont ravis et expriment leur joie. Il faut dire que les résultats sont significatifs : le sol a été recouvert de pavés, ce qui facilite l’écoulement de l’eau ; les canalisations ont été débouchées et recouvertes ; des arbres ont été plantés. Voilà un quartier où il fera bon vivre. Merci au Duché du Luxembourg parrain du projet !
Photographies : Public sous la bâche, Aminata Dramane Traore, alter mondialiste et ancienne ministre de la culture, Chef des quartiers, Public devant banderole.

 |


|
6 septembre 07 :
Je pars avec ma collègue Assa pour une conférence de presse sur l’alphabétisation. Nous roulons un bon quart d’heure en moto. Les routes sont engorgées. Je m’agrippe à ses vêtements…elle rit. Assa n’a pas de permis de conduire comme 80% des Maliens. C’est décidé, je vais m’acheter un casque ! Nous arrivons entier au grand hôtel de Bamako. La conférence de presse commence. La salle se lève…entrée du ministre du plan et de l’aménagement du territoire, Marimantia Diarra. Le ministre expose les faits : à la fin de cette année, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CDAO) sera contrainte de signer l’Accord de Partenariat Economique (APE) avec l’Union Européenne (UE). Cet accord stipule la libéralisation du commerce et l’élimination des tarifs douaniers. Ainsi, les Etats de l’Afrique de l’Ouest ne bénéficieront plus d’un traitement de faveur de la part de l’UE.
Après un moment de surprise, (la conférence de presse ne devait-elle pas être sur l’alphabétisation ?) je suis très contente de suivre ce débat de près. Les journalistes se lèvent un à un et posent leurs questions. Les porte- parole des médias de l’opposition se montrent ironiques et attaquent : « Monsieur le Ministre a l’air satisfait. Mais y a-t-il de quoi ? Avons-nous vraiment le choix de signer cet Accord ou est-ce un Diktat du Nord ? » Le Ministre confie au comité d’experts, fraîchement formé, le soin de répondre à ces questions difficiles. Les réponses sont pragmatiques et réalistes. On ne fait pas de promesses hasardeuses. Les négociations vont être très difficiles... Il faudra changer tout le système fiscal. Pour l’instant une grande partie des recettes de l’Etat repose sur les taxes à l’importation. Il sera difficile de faire face aux produits européens subventionnés, tels que le sucre ou le lait. Mais les autorités africaines assurent qu’ils vont défendre la liste de produits sensibles coûte que coûte. Cette liste répond au critère de sécurité alimentaire.
La conférence de presse terminée, la salle se lève pour le départ du Ministre. Les journalistes ont droit à un petit rafraîchissement dans la cour de l’hôtel. |
|
11 septembre 07 :
Début de semaine difficile. Un éclair est tombé cette nuit sur la radio. La plupart des ordinateurs ont brûlés ainsi que la console de son et l’émetteur. C’est une catastrophe pour la radio. Les dégâts sont importants. Les techniciens courent à gauche et à droite, alors que nous, journalistes, sommes au chômage technique. Nous ne savons pas quand nous pourrons à nouveau émettre.

12 septembre 07 :
J’arrive à la radio en fin de matinée. La plupart des journalistes sont là pour constater les dégâts. Le directeur de Radio Kledu, Jacques Dez, vient nous parler : « les conditions de travail ne vont pas être évidentes. Il faut être patient. »
Je n’ai toujours pas de matériel pour enregistrer des sons. Je me coltine donc à écrire des billets ou éléments à blanc. Je m’en vais sur le grand marché avec Awa, une autre stagiaire de la radio, à la recherche de vendeurs de « médicaments par terre ». Les vendeurs ne parlent pas français ; Awa fait office d’interprète. Ils n’ont pas fréquenté l’école et vendent pourtant antibiotiques et médicaments contre le paludisme aux malades. Les médicaments sont vendus à la pièce pour une somme modique allant de 15 à 75 CFA. Le vendeur me propose différentes gélules : des rouges, des blanches et des noires. Les rouges contre le mal de tête, les noires pour les douleurs au ventre et ainsi de suite. Il fait chaud ; les médicaments sont en plein soleil. Le vendeur ne souhaite pas que je photographie la corbeille de médicaments…il pourrait avoir des problèmes.
13 septembre 07 :
Fin de matinée, je me rends à l’hôpital Gabrielle Touré. Je souhaite interviewer un médecin ou une infirmière à propos des « médicaments par terre ». Les bâtiments sont barricadés derrière un mur de deux mètres. A l’entrée principale une file d’une vingtaine de personnes attend. Je suis blanche ; le gardien me fait signe d’entrer…je n’ai pas à montrer mes papiers. L’hôpital est construit comme un village avec des panneaux qui vous indiquent où vous rendre : l’accueil, la radiologie, les urgences, la morgue, etc… A l’accueil, l’infirmière m’indique le chemin pour me rendre au cabinet du Dr. Sissoko Harouna, médecin généraliste de l’hôpital. J’attends plus d’une heure avant de pouvoir m’entretenir avec le médecin. J’observe… Les malades défilent. Les vieux sont dans un piteux état. On me regarde avec étonnement. Les blancs et les Maliens aisés vont dans les cliniques privées. A l’hôpital l’auscultation coûte mille CFA (environs 2,5 CHfrs). Les soins sont payants.
Je repars pour la radio pour écrire mon papier. Sur la route, deux hommes traversent la route avec un mendiant malade dans les bras. Ils le déposent par terre et s’en vont…le taxi redémarre.
Le vent souffle. Le ciel se fait menaçant. Jacques Dez vient à la rédaction et nous demande de tout éteindre. Nous ne pouvons risquer de perdre le seul ordinateur qui nous reste. Radio Kledu n’émettra pas ce soir.
14 septembre 07 :
Je me rends au siège de la coopération suisse. Jean-Luc Virchaux me présente les différents programmes de la DDC au Mali. Je pars avec différents documents et j’espère pourvoir visiter un de ces projets sous peu. De retour à la radio, je souhaite enregistrer mon billet. Cela me prend trois heures pour avoir un appareil qui marche. Ce n’est pas grave, mon son passera au journal de 17 heures.
Le Ramadan a commencé hier. C’est vendredi. Vers 15 heures tout le monde s’en va pour la prière. Je termine ma journée au marché central.
16 septembre 07 :
J’accompagne ma colocataire Juliette Vincent au marché de Dibida afin d’y acheter du matériel scolaire pour une école primaire au pays Dogon. Amidou Dara nous accompagne. Nous marchandons un bon prix. Cinq vendeurs sont autour de nous. Le marché de Dibida est spécialisé dans les fournitures scolaires : livres, cahiers, règles et stylos s’empilent sur les étagères.
La rentrée scolaire 2007 a été repoussée de deux semaines. Les enfants devaient rejoindre les bancs d’école ce lundi 17 septembre. Le gouvernement justifie ce retard par une saison des pluies dévastatrice et par un mois de Ramadan coûteux. Mais l’opposition accuse le gouvernement de se laisser subjuguer par ses problèmes internes, le parlement n’étant toujours pas formé, Espérons que jusqu’à la rentrée scolaire ce 2 octobre, les parents auront réussi à amasser les 40 000 CFA (100 CHfrs) nécessaires à l’achat des livres et des cahiers. |
|
Le 8.10.07
Les semaines passent et je commence à faire ma petite place au sein de la rédaction. Comme je n’ai toujours pas de matériel pour enregistrer des sons, je rédige des papiers qui passent quotidiennement aux nouvelles nationales de 12h.45. J’aborde tous les thèmes que ce soit la circulation routière, les médicaments illicites vendus à la sauvette dans les marchés, la santé, l’influence chinoise en Afrique de l’Ouest et le mois du Ramadan.
Pendant le mois du Ramadan, les journées sont ponctuées par les prières…on ne trouve que difficilement de quoi manger pendant la journée. Je me suis donc mise à la disette malgré moi. Parfois, je trouve un petit encas que j’avale à toute vitesse sous les railleries de mes collègues la plupart à jeun. Les prières se font plus régulières. Deux tapis sur le sol font office d’endroit pour la prière : dans le hall d’entrée et dans la salle de repos. Comme le souligne « le Républicain » (un quotidien de référence à Bamako), on peut prier quelques soient les circonstances. Il suffit d’étendre un tapis.
Bien que le Mali soit un pays laïc, le mois de carême se fait sentir à tous les niveaux. Les bureaux ferment à 15 heures pour permettre aux gens de rentrer chez eux préparer « la coupure ». A la tombée de la nuit vers 18h30, l’Imam annonce la fin de la journée. Les hommes se retrouvent pour boire du thé et fumer des cigarettes. Ils n’ont rien bu ni mangé depuis quatre heures du matin. Les femmes sont déjà aux fourneaux. Certains puristes reprochent d’ailleurs que ces repas festifs au coucher du soleil dénuent le mois de carême de tout son sens. Vers 20 heures les gens vont à la prière. Les mosquées ne sont souvent que de simples immeubles vides. Les femmes doivent parfois prier dehors, le nez face aux pots d’échappements. Certains soirs, quelques axes de la ville sont simplement fermés le temps de la prière. Plus les jours passent, plus il est dangereux de prendre la route en fin de journée. Les gens ont faim et veulent rentrer rapidement chez eux.
Le 11.10.07
Nous sommes à la vieille de la fin du Ramadan. Enfin, on ne sait pas exactement, cela dépend de la Lune. Il y a des vaches et des moutons partout dans la ville. J ai même eu la surprise de prendre un taxi avec un bœuf dans le coffre. Ne me demandez pas comment ce colosse s’est retrouvé plié en quatre dans la voiture ! La radio a offert à tous ses employés deux kilos de viande (quatre kilos pour ceux qui ont une famille). Chacun est rentré chez lui avec un sac ensanglanté sous le bras.
Moi, je rentre à motocyclette avec Diakaridia Dembelé et nos six kilos de viande. C’est la cohue…toute la circulation est bloquée. On ne peut avancer, ni reculer : il y a des camions, des centaines de motos, des moutons et des vaches. Je souhaite prendre une photo, mais lorsque je me retrouve encerclée par trois gros bœufs, je décide de me tenir tranquille. Pour finir, nous parvenons à nous faufiler et rentrons sains et saufs chez nous. On a bien rigolé.
Le 12.10.07
Hassa Traouré, une jeune stagiaire de la radio m’invite à fêter la fin du mois du Ramadan au sein de sa famille dans un village non loin de Kati (au nord de Bamako). Au petit matin, le grand frère vient me chercher à moto. Nous filons sous un soleil de plomb vers Kati. Trois heures de route sur le bitume puis la piste. J’ai mal aux fesses, mais c’est magnifique ! Le plateau s’étend à perte de vue…un paysage de steppes, aride, ponctué par quelques rares villages en banco. Cela me fait beaucoup de bien de sortir du smog de la ville. En début d’après-midi, nous arrivons à Nanimia. Toute la famille nous attend autour du feu. J’ai droit à un accueil chaleureux. Il y a environ une dizaine d’enfants dont un enfant cousin recueilli. Le père est directeur de l’école primaire.
Je peux donc m’entretenir en Français avec lui. Les autres enfants parlent également Français, mais il me faudra un peu de temps pour les mettre en confiance. Nous mangeons autour du feu, du riz en sauce, puis Hassa me fait visiter les lieux. La maison est construite en banco avec une cour centrale où se déroule toute l’activité familiale. Les femmes vont puiser l’eau au puits, non loin de la maison. En fin de journée, les femmes et les enfants se retrouvent au cœur du village pour la fête.
Deux à deux, les femmes dansent sur les rythmes entraînants du balafon. Ma venue n’est pas sans effet. Les enfants se rassemblent autour de moi et me regardent en silence...avec quelques éclats de rire malgré tout. Bien entendu, les femmes veulent me faire danser. Je me risque à quelques pas de danse sous les éclats de rire de l’assemblée. Ca y est, je me suis faite acceptée. Nous rentrons à la maison à la nuit tombée. Les hommes regardent la télévision (qui fonctionne à l’aide d’une batterie) et boivent du thé.
Je passe les deux journées suivantes à manger, jouer aux cartes et me prélasser. Je me risque à deux trois tâches féminines comme puiser de l’eau ou cuisiner au charbon. La nuit, le chef de famille allume la télévision et toute la famille regarde la dernière « telenovelas » très en vogue au Mali. De grosses libellules s’agglutinent autour de l’écran. L’ambiance est magique.

Le dimanche, je rentre avec Hassa sur Bamako. Nous attendons quelques heures au bord de la route avant qu’un véhicule passe par le village et nous emmène. Je ne pars pas les mains vides : la voisine m’a remis un éventail en paille et la famille m’a offert un coq…vivant évidemment. J’ai expliqué, embarrassée, à Hassa que je ne savais pas préparer un coq. Elle m’a promis qu’on le préparerait ensemble. Le « taxi » s’arrête à chaque agglomération à la recherche de nouveaux clients. Après quelques haltes, nous sommes à dix dans le véhicule avec trois poules et mon coq. A la tombée de la nuit, nous arrivons enfin à Bamako.

Le 15.10.07
Je me rends à la Coopération suisse. Virchaux m’a conseillé de venir pendant la pause café pour rencontrer les différents chargés de projets. On boit du café et mange de gros croissants ! Après discussion, on me propose de joindre une mission qui part le lendemain matin pour le nord du Mali. Enthousiaste, je pars pour la radio demander l’aval de mon rédacteur en chef. La Coopération suisse travaille beaucoup sur des projets de décentralisation. Dans ce cas précis, elle souhaite donner plus d’autonomie financière aux communes en assurant un système de taxes sur les commerces.
La DDC investit dans la restauration des marchés, puis la mairie récolte les impôts payés par les commerçants. Ces fonds sont investis dans les services publics. Des projets similaires ont été réalisés par la Coopération allemande au nord du Mali. J’accompagne donc Maiga Draman (délégué de la DDC à Youwarou) et Bari Modibo (ingénieur en géni civile) dans la région de Tombouctou afin d’étudier les résultats de ces travaux. Nous terminerons notre périple par Youwarou, une ville au cœur du Niger, qui bénéficiera sous peu d’une restructuration de son marché grâce à la DDC. |
|
Le 16 au 22.10.07
Je rentre sur Bamako les yeux brillants et morte de fatigue. Quelle semaine époustouflante ! Commençons par le commencement. Cela nous prend deux jours pour arriver enfin à Tombouctou. Assise à califourchon à l’arrière du véhicule entre les bagages et les pastèques je regarde l’évolution du paysage : la nature verdoyante du sud du Mali laisse place à un paysage semi désertique. A partir de Mopti, nous traversons un immense plateau clairsemé de quelques arbustes. Un paysage sans vie, si ce n’est quelques rongeurs et des hyènes.
Les villages se font rares. Nous traversons de temps en temps quelques localités en banco construites au bord de points d’eau. Parfois, il n’y a rien. Les habitants doivent alors creuser jusqu’à soixante mètres pour arriver à la nappe phréatique. Arrivés à Tombouctou, nous nous faisons accueillir par la famille de Maiga. Allongés sur des matelas déposés à même le sol, dans la cour intérieure de la maison, nous mangeons un plat typique du nord du Mali composé de riz et de viande accompagné d’une sauce à base d’une herbe locale.
Cela ressemble vaguement à des épinards bien que le goût soit bien plus amer. Le repas terminé, le chef de la famille prépare le thé. Chaque convive a droit à trois verres : au premier service le thé est très fort et peu sucré et au dernier verre le breuvage est plus clair et sucré. A la nuit tombée, je m’écroule, morte de fatigue, sur mon matelas déposé dans la cour. La nuit est fraîche et le ciel clairsemé d’étoiles. La maison longe une des mosquées de la ville.

Après l’appel à la prière, je m’endors. Malheureusement, nous ne faisons qu’une courte halte à Tombouctou. Le lendemain, nous sommes à nouveau sur la piste direction Dirré. Sur place, nous rencontrons les autorités qui nous accueillent en grandes pompes. Présentations (plutôt deux fois qu’une), remerciements, discussions, visite du site puis le repas. Nous mangeons dans l’habitation d’un des officiels, en cravate, malgré une chaleur suffocante. Nous sommes servis par des femmes…bien entendu.


En fin de journée, nous reprenons la route pour Léré, un gros village à seulement quelques kilomètres de la Mauritanie. Nous sommes accueillis par Ag Mohamed Ali (dit le Chinois), pasteur dans la région de Léré. Après une nuit de sommeil, nous visitons le marché aux bestiaux. Nous nous retrouvons face à un énorme enclos avec plus de deux milles bêtes. Notre entrée dans l’enclos ne passe pas inaperçue : un tamasheq, deux noirs et une toubab femme. La population au nord du Mali se constitue principalement de Tamasheq et de Peules.
Les gens vivent ici du bétail. « Le Chinois » affirme que les problèmes dans la région de Kidal et de Gao entre Touaregs et Noirs, n’affectent pas les relations intercommunautaires à Léré. Il est vrai que dans les rues de la ville, les communautés ont l’air de cohabiter en paix. Les affaires dominent. L’après-midi, nous visitons le marché central accompagnés par « le Chinois » et un autre Tamasheq à l’allure intimidante. Les enfants me regardent avec intérêt. Il ne doit pas y avoir beaucoup de blancs de passage par ici…Nous passons une dernière soirée à Léré à manger du mouton et boire du thé. En deux jours, je n’ai pas vu une seule femme. |

|

Arrivés à Niafounké, nous visitons le marché en compagnie d’officiels. On nous explique les techniques de constructions, les matériaux, etc…Je me perds volontairement dans les échoppes pour observer de près ce petit monde. Les échoppes sont à même le sol. Les femmes accroupies sur des nattes vendent des légumes, des fruits et quelques ustensiles. La viande et le poisson sont étalés en hauteur sur des plateaux de bois. Un nuage de mouches et autres petites bêtes grouillent autour de la viande. Généralement la viande est lavée avant d’être cuite pour enlever la poussière et le sable.
La plupart des femmes ont un nourrisson accroché dans le dos ; un large tissu noué à leurs poitrines soutient l’enfant. Les petits ne pleurent que rarement, bien qu’ils soient ballottés de gauche et de droite. Dans la brousse, les femmes exécutent la plupart des tâches familiales : elles tiennent la maison, préparent le repas (ce qui n’est pas une mince affaire vu qu’il n’y a ni eau ni électricité) et travaillent dans les champs. Les petites filles sont mises rapidement aux tâches ménagères et ne peuvent que rarement aller à l’école.
L’après-midi, nous partons sur la jetée. Le marché vit selon les allée et venues des pinasses. Les routes étant impraticables, les marchandises viennent directement de Mopti par le Niger. Nous avons malheureusement manqué le passage de la dernière pinasse…nous la retrouverons à Youwarou le lendemain matin. En fin de journée, nous repartons pour Youwarou…destination de notre périple. Le paysage est magnifique.
La nature est très sèche…parfois sans vie. Mais à chaque point d’eau, nous croisons du bétail mené, soit par des Peules, soit par des Tamasheqs. Ces nomades sont fiers de me montrer leur bétail. Il est vrai que les bêtes sont impressionnantes. Comme nous sommes en fin de saison de pluies, les vaches sont bien nourries. Les animaux sont marqués par de grosses cicatrices qui traversent tout leurs flancs. Chaque pasteur à environ un troupeau de deux cents bêtes. Malgré tout la plupart d’entre eux vivent dans le dénuement. |

 |


Le soir venu, nous arrivons enfin à Youwarou. Nous logeons dans les bâtiments de la DDC. Comme il fait chaud, la plupart d’entre nous dorment dans la cour sous une moustiquaire. Je ne me rends compte le lendemain que la mienne était trouée ! Piquée de partout, je m’en vais au marché accompagnée de mes deux compagnons. Le marché est face à l’embarcadère. Les pinasses accostent aux pieds des échoppes. Le départ de la pinasse pour Mopti se passe dans la cohue et la bonne humeur…

Le transfert de la marchandise se fait à dos d’hommes qui, mouillés jusqu’à la taille, acheminent sacs, cartons et animaux. Les moutons sont balancés dans la pinasse les pattes en avant. Des barques chargées de dizaines de personnes accostent les unes après les autres. Finalement après une bonne heure et demie d’allées et venues, de cris et de rires, l’embarcation s’éloigne. Inchallah ! En fin d’après-midi, nous mettons également la pinasse de la DDC à l’eau, afin de visiter le village d’Accra de l’autre côté du fleuve.
La nature est tout simplement splendide. La végétation aquatique accueille des milliers d’oiseaux venus de nord. Il y avait même des cigognes. Je me laisse enchanter par ce spectacle magnifique. Nous arrivons au village bozo (peuple de pécheurs) Accra. Le village doit compter environ une vingtaine de maisons en banco. Les unes collées aux autres, les cases longent le fleuve. La pinasse de Mopti fait halte une fois par semaine au village. Ce magasin flottant apporte des condiments, des fruits et du matériel.
Toute la communauté vit de la pêche. Les hommes debout sur leur pinasse partent au petit matin pêcher « le Capitaine », un poisson d’eau douce qui vit dans le Niger. Les habitants nous reçoivent chaleureusement. Nous nous faisons accueillir par le chef du village, un vieux monsieur tout édenté. J’interviewe la présidente de l’association de femmes qui mène un projet épaulé par la DDC. Quarante femmes, gèrent à elles seules une énorme parcelle de culture d’échalotes. Selon les saisons, le prix de l’échalotes peut doubler voir tripler. Les retombées financières de ce petit commerce leur donnent une certaine indépendance. Avant qu’il ne fasse nuit, nous repartons pour Youwarou.

|
 |




Nous reprenons le chemin du retour…un long chemin. Après six heures de pistes, nous rejoignons enfin la route goudronnée vers Niono, puis trois heures de route jusqu'à Ségou. Après un plat de riz en sauce avalé à toute vitesse dans une cantine, je saute dans le dernier bus pour Bamako. Il n’y a plus de place assise. Je m’assois donc sur un bidon…J’arrive à vingt-trois heures exténuée et ravie à la maison.

|

 |
Le 23 au 26.10.07
Je me remets gentiment de mon périple dans le nord du Mali. Je me couche très tôt et m’offre des nuits de dix heures. A la radio, je monte les différents reportages que j’ai réalisés durant cette semaine. Les conditions de travail sont toujours très difficiles. Certes, nous avons tous, aujourd’hui, un appareil pour prendre des sons, mais nous devons toujours nous contenter d’un seul ordinateur… avec internet qui marche une fois sur trois.
Le 27.10.07
Frank Merceron, un ami travaillant à Helvetas, me demande de servir de guide aux journalistes suisses venus assister à la semaine de conférences sur le coton bio-équitable organisée par Helvetas. Accompagnée par le responsable de la logistique à Helvetas, M. Diakité, je fais découvrir la ville à mes congénères. En fin du parcours, nous grimpons sur le colline de Koulouba, chef lieu du gouvernement et résidence du président Amadou Toumani Touré. Une énorme arche blanche accueille les visiteurs. A une centaine de mètres de la demeure du président malien, Diakité nous conseille de rebrousser chemin. |
|
Le 28 au 31.10.07
A sept heures du matin, je retrouve la délégation suisse à l’hôtel Mandé. Nous partons dans un joli bus climatisé pour Sélingué à trois heures de route au sud de Bamako. A la sortie de la ville, un des pneus explose ! Heureusement, l’autobus peut se ranger sur le bas côté. Bon gré, mal gré, nous sympathisons au bord du bitume. Après deux heures, nous repartons. Première halte à Bougouni, les producteurs nous attendent : déjeuner, accueil en musique par les villageois, visite des champs de coton. A la nuit tombée, nous repartons pour Sélingué.
Les conférences se tiennent dans un joli hôtel au bord de l’eau. Entrepreneurs étrangers, producteurs de coton et ONG s’assoient autour de la table, afin de répondre à la demande croissante en coton bio-équitable. Cinq jours de discussions pour établir la quantité, les critères de qualité et le prix du coton bio-équitable. Qu’est-ce qui est « bio » ? Qu’est-ce qui est « équitable » ? Sachant que le coton part en Asie pour être filé, puis est ensuite acheminé en Europe. Equitable est-ce donner un salaire moins dérisoire que pour le coton conventionnel ou est-ce un salaire équitable aux autres maillons de la chaîne ?
Comme toutes les ex-colonies, le Mali a bâti son économie sur des monocultures destinées à l’exportation. Aujourd’hui encore, le Mali vit principalement de l’exportation de l’or et du coton. Or le cours du coton a chuté de façon dramatique ces dernières années. Les pays du nord tels que les Etats-Unis accordent à ses producteurs des subventions importantes. Ils peuvent vendre leur coton à des prix dérisoires que les producteurs du sud ne peuvent concurrencer. Les gouvernements de l’Afrique de l’Ouest ont tenté à maintes reprises de contraindre les Etats-Unis d’abolir ses subventions. Leurs revendications sont restées lettre morte. Le coton bio-équitable est-ce la solution pour sortir de cette impasse ? Alors que certains participants tels qu’Helvetas se disent confiants, d’autres se montrent plus sceptiques quant à la viabilité à grande échelle de ce genre de production. Après trois jours de conférences, je retourne sur Bamako. Arrivée en ville, l’orage éclate.
   |


|
Le 4 novembre 07
Dimanche matin 4h15, le réveil sonne. Je pars pour Kayes, une ville à quelques kilomètres du Sénégal. Je me rends dans cette région, à l’ouest du pays, pour y réaliser des reportages sur l’émigration et sur la mine d’or de Sadiola. A 5h30, le bus n’a toujours pas démarré. Après l’enregistrement des bagages, le chef de gare appelle les passagers un à un. Nous rentrons au compte-gouttes dans le véhicule. Lorsque le bus démarre enfin, je m’endors. Il fait très froid… Les fenêtres sont grandes ouvertes et le bus fonce à toute vitesse dans l’obscurité. Je me réveille 3 heures plus tard en nage. Le soleil africain s’est levé. A mi-chemin, nous quittons le bitume pour la piste. Deux heures de route sinueuse pour enfin rejoindre le goudron, dès que nous entrons dans la région de Kayes.
La première région du Mali est la plus riche du pays ! Ceci bien qu’il n’y ait rien… Le climat y est austère et cela fait à peine une année que la ville se désenclave grâce à la construction de la route. L’économie de la région repose totalement sur l’argent envoyé par les émigrés installés en France. 90% des émigrés maliens viennent de cette région du pays. Les Soninkés, ethnie de la région de Kayes, ont toujours été un peuple d’émigrés. Les conditions de vie y sont très difficiles. Depuis les années 80, la région a connu deux famines meurtrières.
Au fil des kilomètres, le paysage se transforme. Les arbres verdoyants sont plus rares et le sol ocre de Bamako laisse le pas au sable. A mon grand émerveillement, nous traversons plusieurs forêts de baobabs. A chaque point d’eau, les bergers font paître leurs troupeaux de chèvres ou de vaches. A l’entrée de la ville de Kayes, nous nous faisons arrêter au poste de police. Les gendarmes contrôlent les passeports un à un. Notons que nous ne sommes jamais sorti du pays, et que ce contrôle n’a donc pas lieu d’être… Arrivée à Kayes, je me rends directement à la radio rurale. Un collègue m’y attend déjà. Issa Barthély me servira de guide tout au long de mon séjour.

Le 5 novembre 07
Je consacre ma deuxième journée à la prise de contact avec les organismes spécialisés dans l’émigration. Issa Barthély me conduit à travers la ville en moto. Kayes est une ville provinciale traversée par le fleuve Sénégal. Après plusieurs mois à Bamako, je trouve la ville apaisante : les gens y vivent au ralenti, la circulation routière n’y est pas trop dense. Elle me paraît également plus propre. Si Kayes ne compte que 80 000 habitants, on y trouve autant de banques que dans la capitale. A chaque coin de rue, des pancartes font la publicité de « Western Union » et autres banques internationales. Bien que la région soit pauvre en ressources naturelles, les denrées alimentaires y sont bien plus chères que dans le reste du pays. L’argent venu d’Europe fait augmenter les prix. Pour s’en sortir à Kayes, il faut avoir un parent en Europe.

Le 6 novembre 07
Le troisième jour, je pars pour Kabaté, un village à quelques kilomètres de Kayes. Un village d’émigrés. Moussou, le gardien de la radio m’y emmène à moto. Une heure et demie de route à travers les champs de baobabs. Un bonheur pour les yeux ! Kabaté est planté au milieu d’un environnement semi désertique. Le paysage est magnifique et désolant à la fois. Les gens du village vivent des récoltes et de l’élevage. Mais les conditions de travail sont de plus en plus difficiles. En vingt ans, le village a connu la famine à deux reprises.
A mon arrivée, je suis accueillie par une dizaine d’hommes…chacun avec sa propre histoire à raconter. Ma petite clef USB à la main, je commence les interviews. On m’explique les difficultés économiques de la région, l’évolution de l’émigration, les perspectives d’avenir. Je m’entretiens avec des vieux, des jeunes, des gens qui sont rentrés volontairement au pays, des expulsés. Tous avec la même phrase à la bouche : il faut partir, car ici il n’y a rien. Je parle longuement avec M. Dembelé, un jeune homme de 26 ans, de son expérience à Lyon. Il a travaillé trois ans en France avant d’être expulsé. Son témoignage me touche particulièrement. Il y est mon aîné d’un an.
Je demande à visiter le village. La plupart des maisons sont en ciment. Les familles qui n’ont pas de fils à l’étranger doivent se contenter de banco. Une fois par an, les habitants du village se cotisent, afin de remettre cent euros à ces familles démunies. Au centre du village, il y a une jolie mosquée au toit vert. Les émigrés en France envoient régulièrement de l’argent pour le village. Cet argent est placé sur un fond commun. Une grosse partie est investie dans les mosquées, les routes et les infrastructures. L’éducation se trouve malheureusement en queue de liste.
Après trois bonnes heures d’entretiens, nous quittons Kabaté. Je me retourne une dernière fois sur ce village de briques perdu dans le sable. La nuit tombe sur les forêts de baobabs, mais le cœur n’y est plus.

Le 7 novembre 07
Je consacre ma dernière journée à Kayes, à la recherche d’une autorisation de visite pour la mine de Sadiola. On m’envoie d’un bureau à un autre. On me fait patienter volontairement. Je rentre bredouille à l’auberge. Durant la journée, l’harmattan s’est levé. L’air est sablonneux, on ne voit pas à plus de cinq mètres.
Le 8 novembre 07
Jeudi, 8 novembre, 4 heures du matin, je repars pour Bamako. Pour le chemin du retour, le bus prend plus de dix heures. Nous nous arrêtons à chaque village. Pourtant j’ai pris un express ! Les fenêtres grandes ouvertes, le sable s’engouffre dans l’autobus. Nous nous protégeons derrière des foulards et des mouchoirs. J’arrive à Bamako vert 15 heures. Exténuée, je décide de prendre le taxi pour rentrer chez moi. Le sotrama se sera pour un autre jour.
Du 12 novembre au 18 novembre
Cette semaine je passe à l’antenne ! Je présente les flashs et les nouvelles, tantôt avec Diakaridia Dembelé, tantôt avec Mahamadou Kane. Cela m’amuse beaucoup et mes collègues me félicitent. Je pèse mes mots comme sur RFI et ça plait. On m’a également demandé d’organiser « la journée suisse » sur Kledu prévue ce 30 novembre. La radio souhaite couvrir les 30 ans de Coopération suisse au Mali en proposant toute une journée axée sur la Suisse. J’ai donc des journées très chargées puisque je cours d’un reportage à un autre. Mais cela me donne l’occasion de découvrir tous les quartiers de la ville…et c’est peu dire. Je visite une école professionnelle soutenue par Swisscontact, le syndicat pour les artisans du Mali, des artisans sur leur lieu de travail, un centre de recherche sur la médecine traditionnelle, l’herboristerie du marché de Médine, des Suisses installés au Mali, des Maliens qui connaissent la Suisse, etc… Bref, trois jours de courses et un week-end derrière l’ordinateur !
Mais je me suis bien amusée. J’ai par exemple interviewé un menuisier – inventeur –chercheur. C’est ainsi qu’il se présente. Il fabrique des frigos, des fontaines et des tables en calebasses. (Calebasse : une plante herbacée annuelle de la famille des Cucurbitacées, cultivée comme plante potagère pour son fruit, la calebasse, parfois consommée à l'état frais comme légume ou plus souvent utilisée à l'état sec pour fabriquer divers objets.) J’ai également pu m’aventurer dans l’herboristerie de Médine après avoir montré patte blanche… Après concertation entre les hommes, on m’a fait visiter les lieux en m’expliquant les bienfaits de telles ou telles plantes.

Du 19 au 22 novembre
Je passe le début de la semaine à monter mes sons et à présenter les flashs. Je travaille étroitement avec Bouky, le technicien de la radio. Nous créons un jingle avec le cor des Alpes en fond sonore et des présentations dans les quatre langues nationales de la Suisse. Je m’amuse à découvrir toutes ces techniques. Bouky s’avère être un très bon instructeur.
Du 23 novembre au 3 décembre
Je couvre toutes les activités liées aux festivités des 30 ans de la Coopération suisse au Mali. La DDC m’a demandé de rédiger des papiers quotidiens sur les différents événements. J’assiste : aux conférences de presse ; aux réunions tripartites entre la DDC, les autorités maliennes et les partenaires locaux pour définir les nouveaux accords cadre pour 2007 /2011 ; à toutes les conférences organisées au village des partenaires ; aux cocktails dînatoires ; aux visites sur le terrain. J’ai même eu l’occasion de m’entretenir avec Samuel Schmidt lors d’une visite à l’école du maintien de la paix de Bamako.
Semaine chargée mais riche en découvertes. Je dois toutefois avouer qu’après deux semaines de travail intensif sur les différents aspects de la Coopération suisse au Mali, j’ai été bien contente de faire un tour dans le marché de Médine pour me retrouver dans la cohue africaine…

|
|
Du 5 au 9 décembre 2007
Obstinée, je tente à nouveau l’aventure : je souhaite à tout prix visiter une mine d’or. Il faut dire qu’une grande partie de l’économie nationale repose sur les mines aurifères, bien que l’Etat malien ne touche que 10% des retombées financières. Comme le titrent les journaux maliens : les multinationales continuent de spolier les terres. J’accompagne donc Saydou Sidibé, représentant de l’Association Jeunesse et Environnement du Mali dans une de ses visites de mines d’or au sud du pays. Nous partons pour Kalana, à environ huit heures de sotrama de Bamako. Nous nous faisons accueillir par la famille de Saydou Sidibé. Nous logeons trois jours chez eux. Je rencontre son oncle qui travaille depuis vingt ans à la mine. Je lui dit que je suis étudiante et que je fais un travail de recherche sur les mines d’or. Il veut donc bien me parler...
Tous les hommes de la ville travaillent à la mine. L’exploitation tourne 24 heures sur 24. Les hommes descendent sous terre, à plus de 180 mètres, pour huit heures de travail acharné, sans pause, ni en-cas. On ne devient pas très vieux à Kalana... Le travail est harassant et dangereux. Les accidents sont moins nombreux depuis que l’exploitation à été reprise par la multinationale canadienne, mais les conditions de travail n’ont pas changé. Les employés ne sont toujours pas assurés. Mais un salaire plus ou moins élevé, d’environ 150 CHfrs par mois, incite les hommes à retourner sous terre.

|
 |
Le deuxième jour, nous nous rendons à la mine. Saydou Sidibé me présente comme représentante d’un bailleur de fonds qui soutien son organisation. L’Association Jeunesse et Environnement du Mali mène un projet de reboisement dans la région. Les officiels de la mines sont particulièrement intéressés à se montrer engagés dans ce genre d’initiative. Nous nous faisons plus ou moins bien accueillir, bien que ma présence semble gêner. Lorsque nous demandons de visiter les lieux, le malaise est palpable... Soit, nous pourrons visiter les lieux, mais rapidement et accompagnés par un des responsables de la mine. Visite guidée où je découvre les différentes parties de la mine : la raffinerie, le puits et les réservoirs d’eaux usées. Ces eaux contenant une grande quantité de cyanure sont directement déversées dans les champs environnants. Saydou Sidibé m’emmène à deux kilomètres de la mine constater les dégâts. Au beau milieu des pâturages, un écriteau : interdit d’entrer. Bien que nous voyons au loin un poste de contrôle, nous continuons notre chemin. A cent mètres, nous nous retrouvons nez à nez avec un grand étang d’eau blanchâtre. Les canalisations de la mine déversent directement l’eau usée à l’air libre. Lors de fortes pluies, ces eaux ruissellent dans les champs voisins. Saydou Sidibé me pointe du doit un ancien ruisseau asséché : les herbes sont brûlées et les troncs arbres roussis. Nous ne nous attardons pas...nous partons avec un gros mal de tête.

De retour à Kalana, notre aventure se complique. La multinationale contacte Saydou Sidibé ; elle demande des justificatifs. En outre, les sotramas ne circulent pas le week-end. Nous sommes donc coincés à Kalana pour trois jours. Heureusement un véhicule privé passe par là et nous prend au passage. Ouf ! L’atmosphère devient pesante. Nous abandonnons l’idée de nous rendre à la mine d’or de Morilla et retournons directement à Bamako.
Du 10 au 11 décembre
Je consacre mes deux derniers jours au Mali à flâner dans les rues de Bamako et à prendre des clichés de la ville. Je me ballade une dernière fois dans le marché de Médine et je profite de l’occasion pour y réaliser un dernier reportage sur l’énorme mare d’eau insalubre qui le surplombe. Ce bouillon de culture résulte d’un mauvais écoulement des eaux usées et représente un véritable danger sanitaire pour les nombreux habitants des alentours. Des travaux d’assainissement ont bien été engagés mais le manque de moyens les fait traîner en longueur.

A la radio, on m’accueille avec gentillesse. Je distribue mes dernières plaques de chocolat. Nous nous prenons en photo et réalisons différents enregistrements de voix: éclats de rires et embrassades. Fodé Fadiga me prépare quelques CD de musiques maliennes. Plusieurs journalistes, et aujourd’hui amis, nous rejoignent dans le studio pour danser sur le rythme entraînant du « coupé-décalé ».

A trois heures du décollage, je me trouve encore chez moi, au quartier de l’Hippodrome, entourée par mes amis, à manger des patates douces et boire du jus de gingembre. Puis le taxi vient me chercher. Sous le coup de l’émotion, j’oublie les coutumes locales et embrasse filles et garçons. Nous nous promettons de nous revoir bientôt. Inchallah!
Fin |
|
|
|
MAZ - aktuell
|