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| Stagiaires in Auslands-Redaktionen |
Sophie Gaitzsch berichtet aus St. Petersburg
Sophie Gaitzsch (1982) arbeitet von Oktober bis Dezember 2010 bei der St. Petersburg Times, einer englischsprachigen Zeitung welche zweimal wöchentlich in Sankt-Petersburg erscheint.
Sophie Gaitzsch hat in Genf Internationale Beziehungen studiert und schreibt seit 2008 für die Schweizerische Depeschenagentur (SDA).
Das Tagebuch veröffentlicht sie hier in Französisch.
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10.10.2010
La première semaine de mon séjour touche à sa fin, et après quelques jours au sein de la rédaction du St.Petersburg Times, je commence doucement à prendre mes marques.
La rédaction se trouve en plein centre ville, sur la place de la cathédrale St-Isaac, à environ 20 minutes de marche le long des canaux de mon appartement. A l’intérieur de l’immense bâtiment décrépi aux allures d’ancien palais, qui outre le journal abrite de nombreux bureaux, il faut d’abord se plier au rituel très russe de « la patte blanche ». N’étant pas encore inscrite sur la liste de personnes autorisées à passer le tourniquet sans autre forme de procès, ma journée de travail commence par quelques minutes d’explications avec le garde de l’entrée, présentation de passeport à l’appui. Ce qui se solde une fois sur deux par un téléphone à la rédaction pour que quelqu’un descende me chercher.
En haut du magistral escalier, le St.Petersburg Times partage ses locaux avec plusieurs autres rédactions russophones appartenant au même groupe de presse. Et, m’explique-t-on d’entrée de jeu, la crise est passée par là. Les annonceurs se sont fait rares et une partie de l’équipe a été remerciée. Aujourd’hui, au SPT, une seule personne, Shura, vient à la rédaction tous les jours. L’équipe est complétée, suivant les jours, par le rédacteur en chef, un photographe, trois journalistes, un responsable du site internet et deux stagiaires américains qui s’occupent principalement de relire les textes.
Difficile de remplir les 16 pages d’un journal, même bihebdomadaire, dans ces conditions. Le SPT puise donc une bonne partie de son contenu auprès de son pendant moscovite le Moscow Times, d’un quotidien économique russe partenaire et des agences. La bonne nouvelle : toute contribution originale ayant trait à l’actualité politique, économique ou culturelle locale est la bienvenue ! Mais pour commencer, on me charge de faire quelques traductions d’articles économiques et de préparer des brèves sur la base des agences russes. L’occasion de rester à la rédaction, de voir comment le journal fonctionne et de rencontrer tout le monde.
A la fin de la semaine, Shura me propose de passer à la vitesse supérieure. Une grande exposition des œuvres du Centre Pompidou ouvre à l’Hermitage mercredi prochain. Je vais pouvoir sortir mon carnet et mon stylo. |
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17.10.2010
Le froid et des flocons mouillés ont fait leur apparition sur la ville et, tout d'un coup, tout semble un peu plus triste. La cour de mon immeuble, où les chats errants et les poubelles éventrées côtoient une vieille Lada rouillée, a triste mine sous le ciel gris. Heureusement que le chauffage est enfin allumé. Le tout étant réglé par les autorités, les radiateurs sont enclenchés dans toute la ville au même moment, une fois que la température baisse à moins de cinq degrés pendant plusieurs jours d'affilée - jours assez difficiles à surmonter. Mais là, c'est bon. Et comme lorsqu'il est question de chaud et de froid il n'y a pas de juste milieu en Russie, on ne peut pas régler les très performants radiateurs (le cas dans la plupart des appartements), ce qui fait que le thermomètre grimpe à des hauteurs tropicales à l'intérieur. Pour ma plus grande satisfaction, malgré quelques remords écolos...
Mon intégration dans la rédaction du journal suit son cours. Cette semaine, j'ai pu me rendre à l'ouverture d'une exposition d'œuvres du Centre Pompidou à l'Hermitage. Puis à une conférence de presse sur l'infertilité et un programme de fécondations in vitro gratuites lancé par la ville pour tenter de contrer le phénomène. Il se trouve que l'infertilité est un réel souci pour la Russie pour des raisons démographiques, et du coup politiques et stratégiques: la population décroit à une telle vitesse que certaines régions du pays sont menacées de se retrouver dépeuplées. Parmi les raisons du taux d'infertilité particulièrement haut, j'apprends que l'avortement, et la stérilité qui peut en résulter en cas de complications, arrive en bonne place. Selon les chiffres qu'on me donne à la conférence de presse, aujourd'hui, en Russie, 64% des grossesses sont volontairement interrompues. Une vieille habitude soviétique, époque à laquelle les moyens de contraception n'étaient pas accessibles, qui est visiblement restée bien ancrée dans la société. La semaine à venir s'annonce un peu plus économique: ma prochaine tâche est d'écrire un article sur les tendances sur le marché du travail après la crise.
Côté temps libre, je retrouve avec plaisir la ville que j'avais appris à connaître lors d'une année d'échange il y a cinq ans. Et si elle n'a en rien perdu de sa splendeur impériale, elle ressemble de plus en plus à n'importe quelle ville européenne. Sur Nevsky, l'artère principale à l'époque encore tellement russe, H&M rivalise aujourd'hui avec Zara, le système anarchique mais pratique des marchroutkas - taxis collectifs - a été banni, l'alphabet latin a fait son apparition sur les panneaux d'indication et on peut manger grec, chinois, japonais, américain ou italien... Autre source d'étonnement, les filles russes, il y a quelques années encore toutes sans exceptions perchées sur des talons et longuement apprêtées, semblent abandonner leurs habitudes. Je vois même des adolescentes en baskets avec des dreadlocks. Il y cinq ans, mon origine "pas du coin" sautait aux yeux du premier venu. Aujourd'hui, je me fonds sans problème dans la masse. Un peu plus facile de s'intégrer, mais, assurément, beaucoup moins dépaysant. |
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24.10.2010
J'ai maintenant un badge pour accéder à la rédaction, un téléphone, une adresse e-mail et reçoit le fil d'une des principales agences du pays, Interfax, sur mon ordinateur. Mon russe a aussi retrouvé un relative fluidité, ce qui me permet de contacter des interlocuteurs uniquement russophones. Non sans une certaine apréhension.
Mardi, le tribunal d'un des districts de la ville donne raison à une association gay qui avait fait recours contre l'interdicton de la tenue d'une gay pride au centre ville l'été dernier. Ce tribunal est le troisième qui tranche en faveur de l'association sur ce sujet depuis le début du mois et ces décisions qui constituent une première en Russie. Le journaliste qui suit d'habitude le dossier de la gay pride étant absent, on m'attribue le sujet. Contact avec le cheffe du comité d'organisation qui me raconte sa satisfaction de voir une justice "indépendante de l'influence de la politique et de l'Eglise" et ses espoir pour la suite, mais émet des doutes quant à la réaction des autorités. La partie n'est pas gagnée. Auprès des autres observateurs, on est tout aussi réservé. Pour Amnesty International à Moscou, si c'est un pas en avant, on refuse d'interpréter cette décision comme le signe d'un changement d'attitude ou d'une amélioration générale de la situation des minorités sexuelles.
Le St. Petersburg Times est un journal de tendance très libérale, qui suit avec attention ce genre d'événement et n'hésite pas à dénoncer les agissements du gouvernement. Mais, et me semble-t-il contrairement à l'image que l'on se fait en général de la presse russe en Europe, les autres médias ont aussi relaté la décision des tribunaux même si celle-ci représente un désaveu pour les autorités. Recherche faite, je l'ai trouvée sur les sites internet des principaux journaux du pays. Nous avons d'ailleurs reçu l'information non par un contact direct dans les cercles concernés, mais par les agences de presses.
Mes collègues écrivent régulièrement sur des sujets sensibles - manifestations dipersées par la police, entreprises qui polluent les cours d'eaux en y déversant leurs déchets chimiques pendant que les autorités ferment les yeux, publication de l'opposition saisie par les autorités, article tournant en dérision une apparition de Medvedev dans une émission de télévision en compagnie de rockstars locales... Pour autant, ils ne semblent pas se sentir menacés ou limités dans l'exercice de leur métier de quelque manière que ce soit.
La situation est pourtant bien plus catastrophique que ce que je peux voir depuis la rédaction. Le classement 2010 de Reporters sans frontière publié cette semaine place la Russie à un lamentable 140e rang sur 178. Dans son rapport, l'association note que le pays "n'enregistre aucun progrès", que le système demeure verrouillé et l’impunité sans partage dans les cas de violence contre les journalistes. Elle indique aussi que l'indépendance d'internet, considéré comme l’espace de discussion et d’échanges d’informations le plus libre du pays, est menacée par des arrestations de blogueurs et des blocages de sites indépendants.
La semaine se termine sur une note plus légère. Je passe un agréable dimanche chez une amie avec son groupe de copine. A manger de la salade à la mayonnaise, du saumon fumé et des douceurs, à boire du thé et du champagne sucré, à papoter, à regarder ses 1500 photos de mariage et à faire des promenades le long du Golfe de Finlande. L'hospitalité russe demeure égale à elle-même. De quoi compenser largement la fraîcheur du climat. |
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31.10.2010
Ce dimanche, manifestation. Depuis 2009, un mouvement appelé "Stratégie 31" organise des meetings tous les 31 du mois. Ils se battent pour que l'article 31 de la Constitution russe, qui garantit la liberté de rassemblement, soit respecté. Comme toutes les autres avant celles-ci, la manifestation a été interdite par les autorités.
Policiers en civil en train de filmer les participants depuis le premier étage de l'immeuble le plus proche, policiers anti-émeute munis de casques ne laissant rien paraître de leur visage, policiers vêtus de noir se promenant dans la foule microphone à l'oreille en scrutant les participants.... En Russie, les autorités ne prennent pas ce genre d'interdiction à la légère. Et utiliser la force pour faire passer le message n'est apparemment pas un pas que l'on se refuse à franchir.
La manifestation commence alors que la nuit est déjà tombée. Plusieurs participants brandissent la constitution russe, la foule scande "La Russie sera libre!". Un nombre impressionnant de journalistes, de photographes et de caméras de télévision est présent Après quelques minutes, les premiers appels au mégaphone demandant aux manifestants de quitter les lieux se font entendre. Une fois, deux fois, trois fois.... Sans effet. La police charge, créant une violente bousculade, et emmène plusieurs personnes jusqu'à un car, sous les quolibets de la foule. Certains se laissent faire, d'autres crient et se débattent, un jeune homme est porté par les deux bras et les deux jambes jusqu'au camion.
Après ce premier assaut, la police se retire et reste un peu en retrait. Les manifestants sortent à nouveau leurs micros et leurs pancartes, les slogans reprennent. Nouveaux avertissements, nouvel assaut policier. Au final, pendant les deux heures qui suivent, la scène se reproduira près de dix fois. Jusqu'à ce que le rassemblement devienne tout à fait clairsemé.
Je rentre chez moi accompagnée d'un sentiment étrange. Serait-ce la nuit et le froid, le caractère presque routinier de l'exercice - dans un camp comme dans l'autre - ou la peur de voir les choses mal tourner? Je m'interroge également: quelques centaines de personnes étaient là ce soir, mais qu'en pensent les autres? Cela leur est-il égal?
En attendant le bus à côté d'un menaçant camion des forces spéciales, j'observe une jeune fille blonde en talon aiguille et collants léopard plaisanter avec les hommes en uniforme postés près de l'engin. Une femme d'une cinquantaine d'années à l'allure soignée s'approche de moi et me demande ce qui se passe. Je lui raconte le meeting et les arrestations. "Oh mon Dieu, quelle horreur!", s'exclame-t-elle, avant de s'éloigner en jetant un regard meurtrier aux policiers. |
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7.11.2010
Le 4 novembre est un jour férié en Russie. Quand un jour férié tombe le jeudi, comme c'est le cas cette fois-ci, le vendredi et le samedi deviennent également congés. Voilà qui écourte fortement ma semaine de travail.
Si tout le monde est satisfait de pouvoir profiter de quelques jours de vacances, l'événement que ce jour doit commémorer est entouré d'une sorte de flou. C'est la première fois que j'en entends parler. Dans la rue, des affiches omniprésentes aux allures bizarrement soviétiques, clamant que le 4 novembre est la "Journée de l'unité populaire", ne rendent pas la chose plus claire. Finalement, une collègue vient éclairer ma lanterne. Elle m'explique que la fête du 4 novembre est toute nouvelle. Elle a été instaurée en 2005 par le gouvernement de Vladimir Poutine pour remplacer la fête du 7 novembre, jour anniversaire de la Révolution d'Octobre resté férié après la fin de l'Union soviétique sous le nom de "Journée de l'Accord et de la Conciliation".
Le 4 novembre était un jour férié durant la Russie tsariste, abandonné après la révolution de 1917. Il commémore un soulèvement qui a débouché sur la fin de l'occupation de Moscou par les troupes polonaises et lithuaniennes en 1612. Le nom, "Jour de l'unité populaire", semble un peu curieux pour rappeler cette victoire. Il semblerait que ce soit une allusion au fait que l'ensemble de la société russe s'est uni pour préserver la Russie quand elle était en danger.
La date est d'ailleurs assez obscure pour une majorité de Russes. Selon un sondage réalisé fin octobre, la moitié de la population ne connaît pas le nom de cette fête et seuls 10% des Russes savent à quel événement historique elle fait référence. Pour en rajouter à la confusion générale, le nouveau jour férié n'est pas reconnu par les communistes, le principal groupe d'opposition parlementaire, qui le boycottent et continuent à tenir leurs propres cérémonies le 7 novembre. Et en même temps, le jour est aussi l'objet de toutes sortes de récupérations politiques par des groupes pro-gouvernementaux, anti-gouvernementaux et nationalistes.
Un étrange reflet du rapport conflictuel que la Russie entretient avec son passé... |
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14.11.2010
Le travail, auquel je passe le plus clair de mon temps, me plaît toujours autant. En particulier le fait que ce soit un petit journal, sans réelles rubriques ou chasses gardées, et que tout le monde fasse de tout: culture, politique, fait divers, société, critique gastronomique... De nombreux suppléments autour de divers thèmes donnent aussi l'occasion de s'atteler à de longs papiers "magazine". Pour un supplément paru vendredi dernier au sujet du "Leningradsky Oblast", la région qui entoure St-Pétersbourg, j'ai par exemple écrit au sujet de Tsarskoe Selo, une des résidence d'été des Tsars située à une vingtaine de kilomètre de la ville, qui fête ses 300 ans d'existence cette année. Ce qui a nécessité une journée sur place avec visite guidée et entretien avec la directrice! Un réel changement après deux ans d'agence.
Le prochain supplément, celui de Noël appelé "Giving", est sur les rails. Il contient en général plusieurs articles concernant des œuvres caritatives. On me charge de faire un reportage dans le premier "charity shop" - magasin qui revend des objets donnés par les habitants de la ville au profit d'un projet caritatif, type Emmaüs - de St-Pétersbourg, qui a ouvert ses portes il y a quelques mois. Le concept si bien installé en Europe est apparemment tout nouveau en Russie. Je passe l'après-midi dans le petit local caché au fond d'une cour intérieur et fait connaissance avec les bénévoles et les clients. On m'explique que jusqu'ici, les gens donnaient les habits qu'ils ne portaient plus à leurs connaissances, les jetaient, ou les déposaient dans la rue en espérant que quelqu'un en ayant l'utilité les ramasse.
Le projet, bien qu'âgé de seulement quelques mois, marche très bien. Je suis étonnée de voir le nombre de personnes qui font le déplacement, de tous âges et parfois venus de l'autre côté de la ville. L'endroit semble déjà être devenu culte pour les jeunes branchés à la recherche de vintage soviétique. Tout l'argent récolté va à une organisation d'aide pour les sans abris, qui sont au nombre de 8000 dans la ville. L'association offre des repas, de l'assistance juridique, médicale, des abris pour la nuit et opère un bus de nuit qui distribue de la nourriture chaude dans les quartiers périphériques de la ville. Comme me le rappelle Ioulia, la responsable du magasin, la température moyenne de la ville est de 4,3 degrés. L'hiver dernier, le mercure est tombé à -25. |
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28.11.2010
La neige est arrivée, "pour de vrai" cette fois-ci. Elle tombe sans discontinuer depuis plus de cinq jours. La température a nettement chuté et il fait environ moins dix degrés la journée. Sans compter le vent qui semble venir tout droit de Sibérie. La lumière du jour pointe vers 10h du matin pour disparaître vers 16h et la date la plus sombre n'est pas encore atteinte. Les canaux et la Neva, le fleuve qui traverse la ville, ont gelé. Parcourir rues et trottoirs à pied devient une vraie aventure et le promeneur doit affronter une alternance de glace et de ce que les Russes appellent kasha (semoule), un mélange brûnatre de neige mouillée et de sel dans lequel on s'enfonce jusqu'aux chevilles.
Les Pétersbourgeois ont sorti leurs fourrures, leurs bottes et leurs chapkas. La vraie Russie! Mais à part quelques détails vestimentaires, tout continue comme si de rien n'était. Bus et voitures fonctionnent comme de coutume - quelques dérapages inquiétants en plus - trains et avions partent à l'heure. Les vendeuses du marché continuent de tenir leurs stands l'extérieur, les hommes-sandwich de parcourir les trottoirs à pas lents pour venter les mérites du prochain magasin, les familles d'aller au parc pour prendre l'air l'après-midi. Faute de posséder de telles capacités de résistance, je me rabats sur tout ce qui se passe à l'intérieur: opéra à la mise en scène kitschement russe dans les dorures du Mariinski, explortations des splendeurs impériales et des collections infinies du musée de l'Ermitage, Malevich et Kandinsky au Musée russe, film à Dom Kino - un étonnant cinéma à l'ambiance surranée qui passe des films d'art et d'essai en version originale -, et ainsi de suite...
L'offre culturelle est foisonnante et les habitants de la ville ne boudent pas non plus leur plaisir. Il me sembe qu'il y a un musée ou un théâtre à à chaque coin de rue, et qu'ils sont tous, toujours, bondés, alors qu'il n'y a presque pas de touristes à cette saison. L'ambiance à l'opéra est loin d'être aussi guindée qu'en Suisse et j'ai l'agréable impression d'assister à un divertissement populaire. La météo annonce des températures encore largement en-dessous de zéro pour la semaine à venir, mais il y a encore bien de quoi s'occuper sans aller deux fois dans le même musée. |
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3.12.2010
Après plus d'un mois de grisaille ininterrompue, le ciel s'est enfin découvert. Quelques impressions du trajet de mon appartement à la rédaction, sous le soleil de midi, mais par moins vingt degrés...



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10.12.2010
"Ces dernières années, la Tchétchénie a complètement changé. A Grozny, les autorités ont reconstruit très rapidement un quartier après l'autre. On en a presque oublié qu'il y a peu tout était détruit. Toutes les horreurs que nous avons vécues, nous ne les sentons plus. A mes yeux, c'est une page qui s'est tournée et désormais nous regardons vers le futur." Voilà ce que me dit Malika, directrice d'une école de la périphérie de Grozny qui a reçu le soutien de la DDC. Il s'agit de la seule personne avec qui je pourrai parler pendant les trois petites heures passées dans la République - une incursion éclair pour des raisons de sécurité - avec une délégation de la DDC, lors d'un voyage de quelques jours pour visiter les divers projets de l'agence dans la région.
Grozny n'a en effet plus rien en commun avec les incroyables images de destruction que l'on a pu voir il y a quelques années dans les médias. Depuis la fenêtre de la voiture qui traverse la ville à toute vitesse, sous escorte fortement armée et au son des sirènes afin que les autres véhicules nous cèdent le passage, je suis étonnée de voir à quel point toutes les traces du conflit ont été gommées. Les immeubles sont flambants neufs, il y a des magasins, des affiches publicitaires, des cafés, des restaurants - même un restaurant japonais! -, des gens dans la rue, des gens qui attendent le bus. Un cirque en tournée a fait escale sur une des places du centre ville.
La large avenue Poutine est bordée d'arbres, de bancs et de jolis lampadaires, une sorte de lieu de flânerie idéal. La gigantesque et rutilante mosquée principale côtoie une église orthodoxe, de taille plus modeste, mais toute aussi neuve et soignée. Les grues s'affairent encore autour de ce qui semble être la prochaine construction magistrale, quatre immeubles d'une hauteur impressionnante. Peter, le chef du bureau de la DDC dans le Nord Caucase, parle de "Plan Marshall" de Moscou et juge la reconstruction "impressionnante". Il me raconte qu'à son arrivée il y a six ans, tout n'était que ruines. Que parmi toutes ses nombreuses missions dans des zones de conflit, jamais il n'avait vu pareille destruction. "Sur ordre des autorités locales, les signes de la guerre devaient disparaître.
Les maisons encore en bon état mais dont les murs avaient des impacts de balle ont été recouvertes de panneaux en aluminium. Mais par la même occasion, l'intérieur a aussi été rénové: les canalisations, l'eau, l'électricité. Ce n'est donc pas seulement cosmétique. Les gens sont vraiment contents du résultat et du coup plus confiants pour leur avenir." En même temps, malgré une apparence plutôt réjouissante, certains détails montrent que tout n'est pas si "normal".
La concentration d'hommes armés de mitraillettes est impressionnante. Le jour de notre visite, il s'en trouve un tout les 200 mètre sur la route principale qui relie la frontière à la capitale. Une situation apparemment inhabituelle, mais dont personne ne connaît la raison. Plus la voiture avance dans la ville, plus un autre sentiment étrange me gagne. Les signes du pouvoir sont omniprésents. Il y a un nombre démesuré de portraits du président Kadyrov: on a l'impression qu'il est présent à chaque croisement et sur chaque bâtiment, à grands renforts de bannières aux couleurs nationales.
Les portraits de Kadyrov père, ancien président tué dans un attentat en 2004, sont aussi légion. "Un héros pour la Russie, un père pour le peuple", peut-on lire en lettres dorées sous l'un d'entre eux. Poutine et Medvedev ne sont pas en reste et semblent également observer les passants depuis bon nombre de façades. "Un état féodal", susurre un des occupants de la voiture, au moment de regagner la frontière. |
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18.12.2010
Mon séjour se termine. J'ai fait mes adieu à mes collègues, mes bagages sont prêts, le taxi qui doit m'amener à l'aéroport va bientôt arriver. Je quitte St-Pétersbourg et ses frimas à regret, la tête pleine de souvenirs et de rencontres, et, surtout, avec l'espoir de pouvoir revenir un jour! |
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MAZ - aktuell
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